« La mort vaque à son oeuvre dans la vie; elle ne va pas à l'aventure comme s'imagine le craintif (...).
Non; elle dit : je suis là; et si quelqu'un veut apprendre de moi, qu'il vienne. »
Søren Kierkegaard
A mi chemin entre paganisme et christianisme, les oeuvres d’Anne Brunet ressemblent à des ex-voto ou des cadavéras. Célébrant la mort et la survie des âmes, l’art n’est plus ici au service des hommes, mais des anges : il ouvre entre le ciel et la terre un dialogue ; un monde d’images à partir duquel il devient possible d’entrer en communication
avec l’au-delà. Et si la mort ne correspondait pas à la fin d’un processus vital, mais à la poursuite – sur un autre mode – de ce qui, dans la vie d’un homme est éternel ? Et si la mort, comme le voulait Socrate, ne signifiait pas la peine et le malheur, mais la libération du corps et la récompense du sage ?
Détournant l’iconographie catholique de son sérieux ordinaire, Anne Brunet nous invite à la célébration d’un culte dont la portée et la profondeur se mêle à la beauté des oeuvres qui les supportent. Que ce soit dans sa série de dessins intitulée « Dieu », ou bien encore, dans son travail ornemental sur la figure des anges, un même silence religieux semble faire de ses oeuvres de véritables effigies, autrement dit, des symboles vivants d’un « lointain proche », d’un « cristal de temps » capable de nous rendre présent ce qui n’est plus là. A la suite de Walter Benjamin et de ses réflexions sur l’aura, Anne Brunet ressuscite pour nous, le temps d’une exposition surérogatoire, la puissance auratique de l’art. Puisse la paix accompagner cette oeuvre.
Frédéric-Charles Baitinger
" Dialogue Avec Les Anges est le regard d'une enfant de 28 ans, sur un monde effroyable et beau à la fois : le nôtre. Rien n'est jamais noir ou blanc, le bien et le mal dansent ensemble dans nos têtes...Mais dans un monde aussi brutal, peut-on encore croire aux anges, aux esprits, aux bonne âmes ? "
"... J'assume totalement d'avoir ce côté à la fois très enfantin, une espèce de naïveté onirique... et en même temps de cultiver une certaine violence... Mon style oscille toujours entre enfantin et sombre, l'un ne va pas sans l'autre. Le côté onirique se caractérise par des personnages qui semblent rêver, partir vers le haut. Soit ils sont complètement enracinés, et là, c'est foutu pour eux, soit ils planent..."
Sur son imagination débordante Anne Brunet dit : " Il y a un réel épanouissement à puiser dans l’imaginaire. Cet univers fantasmagorique me permet de prolonger un peu plus mon enfance. Dans l’imaginaire il n’y a pas de barrières, pas de limites pour explorer la nature, les rêves... c’est un monde en mutation permanente donc passionnant."
Pour son premier solo show à Paris, Anne Brunet se joue encore des barrières pour laisser libre cours à son dessin qui s'exprime cette fois-ci sur des sculptures, du mobilier, des wallpapers et des installations aussi émouvantes qu'étonnantes. |